Réflexion décembre ou... l'art de ne surtout pas être appelé maitre.

En septembre, j’ai fait ma rentrée en classe de Toute Petite Section (TPS) avec dix huit petits enfants de moins de trois ans. Tout un programme et surtout beaucoup de moments très forts.

Et en cette rentrée, j’ai découvert mon nouveau « titre » (avec horreur je dois dire) : « Maîtresse Katia ».

Au début, j’ai cru à une blague et bien non, c’était bien mon nom officiel. 

Et oui, les maîtres et les maîtresses prennent ce titre et rajoutent leur prénom à la suite !

Mais ça, ça ne suffit pas, j’ai découvert (horreur bis) que lorsqu’un adulte de l’école te rencontre en dehors de l’école, il/elle te présente à son/sa conjoint(e) avec ce titre là.

Autant vous dire qu’en présence de Jérémie, cela a été épique. Il n’en revenait pas. Et il m’a dit : « Alors là, ce titre de Maîtresse Katia, ça m’a fait rire intérieurement. »

Sauf que non, il n’a pas ri intérieurement mais bien fort… 

 

Ce titre, je n’en veux pas. J’ai donc dit au personnel de l’école de m’appeler par mon prénom, il en a été de même pour les enfants.

 

Pourquoi je ne veux pas de ce titre ?

Et bien parce que j’ai ouvert mon dictionnaire préféré (Le Larousse) et il est écrit à la définition de maître :

« 1-Personne qui commande ; chose qui dirige la conduite de l'homme.

2- Personne qui possède à un degré éminent un talent, un savoir et qui est susceptible de faire école, d'être prise pour modèle.

3- Titre donné à un grand artiste, à un grand écrivain à qui on s'adresse. »

 

Autant vous dire que je ne me retrouve pas vraiment dansces trois descriptions.

 

Si je vais interroger la définition du dictionnaire du CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) et bien, je découvre que la quasi totalité des sens de ce mot est emprunt de domination et d’autorité arbitraire.

 

Je ne suis pas « Maîtresse Katia ». Dans la classe où j’oeuvre, il y a des enfants, du personnel, des parents, je ne vois que des êtres avec des missions et des rôles différents mais avant tout des êtres qui vivent sur un même plan horizontal.

Pourquoi vouloir la verticalisation des relations ?

 

J’apprends chaque jour des enfants, des familles et du personnel avec qui je partage mes missions. Nos échanges sont riches de simplicité et d’authenticité sans pour autant être familiers.

Je ne me pose pas en maître : être prise pour modèle. J’essaie chaque jour de faire de mon mieux, d’être dans la justesse et d’avoir une attitude modélisante mais je ne suis pas un modèle.

 

Comment les rapports avec les familles peuvent-ils être simples et vrais si avant même d’échanger, on me positionne comme celle qui est au dessus d’eux ?

 

Côté enfant, l’utilisation de ce titre me semble complètement paradoxal. En effet, alors que tout enseignement (et l’école est la grande institution qui véhicule cela) a pour finalité de rendre l’autre autonome, et bien dés deux ans et cela jusqu’à douze, les enfants vont utiliser quantité de fois par jour le terme de maître et donc se placer en situation de dominés…car oui, nous sommes aussi les mots utilisés.

 

J’entends déjà certains(es) parler de respect et de l’actualité violente dans les écoles et du « de mon temps, ce n’était pas comme ça... »…

 

Pour ma part, je pense que le respect ne passe pas par un titre mais par des relations, des attitudes, des postures claires et verbalisées.

Chacun a un rôle à jouer dans l’éducation des enfants et il n’y a pas un rôle supérieur à un autre.

Dans ma classe et au Systema, j’essaie comme dans un groupe de musique d’écouter et de comprendre la particularité de chaque instrument, et si je le peux, l’aider à sonner avec le plus de justesse possible et de clarté. Et les autres membres du groupe font de même avec moi.

Un groupe apprend à jouer ensemble et essaie de faire que chaque particularité d’un instrument soit entendue et placer au bon moment, au bon endroit. 

En classe, c’est pareil : j’essaie que chaque petit être trouve sa place et que le mot ensemble prenne sens.

Je garde toujours une chose en tête : l’école a pour vocation sociale de faire découvrir et vivre la collectivité, cela est important. Mais la collectivité ne doit pas pour autant nier ou inhiber la singularité de chacun des enfants qui me sont confiés. Ainsi, je mets tout en place pour qu’ils deviennent autonomes et à l’écoute les uns des autres...n’est ce pas un beau présent à leur offrir ?

 

Alors, si on se croise, appelez-moi juste : Katia.